A propos des salons, fêtes, festivals du livre, dont le journaliste parlait dans l'article précédent, on peut adopter au moins deux attitudes carrément opposées.

Ainsi, des auteurs s'évertuent, seuls ou par l'intermédiaire de leur éditeur, à se faire inviter dans les manifestations les plus réputées du pays : le salon du livre de Paris, bien sûr, celui de Brive, de Bordeaux, de Cognac pour le polar... sans oublier Bruxelles ou Francfort... Bref, les endroits où, pratiquement, il faut être allé, pour commencer à compter dans le monde de l'écriture.

En 2010, invité par mon éditeur du Sud-Ouest, j'ai participé pendant trois jours pleins, à Bordeaux. Plusieurs milliers de personnes ont défilé, en rangs serrés, en permanence dans au moins une centaine de décibels ! Et donc une difficulté permanente à se faire entendre, à écouter les gens... une vraie galère. J'en suis sorti le dimanche soir la tête complètement explosée, et avec la certitude que j'avais fini de fréquenter ces grands messes du m'as-tu vu.

Depuis, huit fois sur dix je fréquente des salons organisés au fond de petits pays dont, parfois, je n'ai même jamais entendu le nom. Sans rire. Et je pense que c'est bien. Bien sûr aucun ne m'apportera la notoriété d'une présence sur la même photo que Maxime Chattam ou Musso... bien sûr... mais au moins j'y rencontre vraiment des lecteurs, de vrais lecteurs, des gens. Parce que, croyez-le bien, dans les allées de ces petits salons, au plus profond des campagnes, on s'aperçoit tout à coup qu'on a en face de soi un lecteur qui achète et lit près de 150 bouquins par an, et depuis des années. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils savent en parler. Un jour, je dirai peut-être deux mots d'un certain Jean-Jacques... ou d'autres...

Les grandes agglomérations ont bien assez de points de vente auxquels les habitants ont facilement accès. A l'opposé, dans les zones rurales ou peu peuplées, peu ou pas de librairies, de bibliothèques ou de médiathèques, parfois un Bibliobus pour tout un secteur... C'est là qu'à mon avis il faut porter le livre, l'envie de lire, la possibilité des échanges, la présence physique des auteurs. Et combien de fois ai-je été étonné de la qualité de ces manifestations, quelquefois à n'y pas croire...

30 septembre 2012, 8h30, 20 km au sud de Soissons, en rase campagne une barrière coupe la route. A côté, un gars à VTT m'attend, moi ou un autre... Je suis son VTT et il m'emmène ainsi à l'emplacement qui m'est réservé  sous une tente individuelle, pour la journée. J'arrive en fait à la 20eme Fête du Livre de Merlieux-Fouquerolles. 250 habitants à tout casser. Dans la journée, 5000 visiteurs ont arpenté toutes les rues du village... Ces organisateurs-là, des gens du village,  font plus pour la lecture que bien des discours ministériels.

Alors dans cet esprit, je me déplace à Fismes et à Loivre, près de Reims, à la Nuit des Livres d'Esquelbecq, tout au bout des Flandres, à Bois-l'Evêque, à Auxi-le-Château, à Lumbres, à Blangerval-Blangermont (vous savez où c'est ?), à Morbecque, à Chierry, et pourquoi pas à Mareuil-sur-Aÿ... Il est vrai que je participe au show de Bondues, mais aussi à Mareuil-sur-Aÿ.

Tout au long de la journée, je discute - je discute vraiment - avec au moins 150 lecteurs, dans une ambiance toujours fort sympathique. Ces lecteurs-là sont venus pour quelques bouquins, bien sûr, et ils aiment les choisir, mais tous, dans leur attitude, montrent à leur manière qu'ils sont contents que des auteurs, souvent inconnus, soient venus leur parler, chez eux, au pied de leur maison. Alors j'y retourne.