DSC_0057Le 29 mai 2009, 13h30, explosion nucléaire dans ma boîte aux lettres ! J'y trouve, pour la première fois, un contrat d'édition en bonne et due forme, à compte d'éditeur, et tout et tout... Preuve, s'il en fallait, qu'il ne faut pas désespérer et que ça n'arrive pas qu'aux autres !

N'empêche que, ce jour-là en rentrant le courrier j'en ai un peu la tête qui tourne, parce que je réalise que ma seconde vie vient de négocier un sacré virage capable à lui seul de me propulser dans ma troisième existence.

La première aura duré 60 ans et trois mois, avec plus de quatre décennies d'enseignement de la langue française, pour plus de 4000 élèves... Quand j'y pense ! Puis deux petites années de retraite... disons normale... jusqu'à ce 29 mai 2009.

S'ouvre alors devant moi la possibilité d'entrer, sur la pointe des pieds, dans un autre monde : celui des auteurs encore inconnus mais qui ne sont pas tenus de le rester indéfiniment. Et j'ai bien l'intention de me démultiplier dans ce milieu que je ne connais absolument pas.

Ce 29 mai donc, à Calviac-en-Périgord, Bertrand-Hugues ABTEY, fondateur et gérant des Editions du Pierregord est emballé par le manuscrit de "Sorti de l'ombre". C'est lui qui le dit, et son comité de lecture également... Tant mieux ! Aussitôt, contrat, coup de téléphone chez moi, alors que je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam. J'ai trouvé ses coordonnées sur internet et j'ai envoyé le manuscrit par la poste, sans l'ombre d'une recommandation.

Il se dit prêt à éditer mon roman en l'état, d'abord à 1000 exemplaires, et à le diffuser nationalement. Mais pas avant février 2010, parce que nous sommes une quarantaine d'auteurs dans cette maison. Chacun son tour. Moi, je ne suis pas pressé. Amen.

Commence alors une petite année d'attente, mais déjà très branchée sur l'écriture d'autres textes. Dans ce milieu, pour exister il faut écrire. Beaucoup. Souvent.

Les 26 et 27 février 2010, quand je me retrouve à la Librairie Vauban, près de chez moi, occupé à dédicacer une pile de "Sorti de l'ombre" à des parents, des amis, des copains, des collègues... il est clair que la chimère est devenue papier, et qu'il peut arriver à tout le monde de concrétiser un vieux rêve auquel on n'a jamais osé vraiment croire. Et pourtant !

Depuis, trois ans après, je n'ai plus arrêté. J'écris, j'écris, je présente mes bouquins aux quatre coins de la région Nord et de la Dordogne en août... 25000 km avec des livres dans le coffre... Pas loin de 4000 exemplaires vendus. Evidemment sans avoir aucunement l'intention de gagner un simple centime d'euro, puisque le but est tout autre.

Mais la vie ne fait aucun cadeau, tout le monde le sait. En septembre 2012, criblé de dettes, Bertrand-Hugues ABTEY a été contraint de déposer le bilan des Editions du Pierregord, en cours de liquidation depuis. Une seule consolation en ce qui me concerne : les deux romans qu'il a publiés sous mon nom sont épuisés. Vendus jusqu'au dernier exemplaire.

Ainsi, quand je pense à Bertrand-Hugues, je sais qu'il n'a pas perdu d'argent avec mes livres, et ça me soulage. Mais ça ne me réconforte pas pour autant, parce que c'est quand même ce gars-là qui m'a mis le pied à l'étrier de ma troisième vie... Et des gars comme lui, croyez-moi, le monde de l'édition en manque. Terriblement.